Réalité virtuelle en soins dentaires : que dit réellement la science ?
La gestion de la peur dentaire chez l’enfant reste un enjeu majeur en odontologie pédiatrique.
Anxiété, pleurs ou refus de soin compliquent la prise en charge. Dans les cas complexes, ils imposent un recours aux techniques pharmacologiques (MEOPA, sédation ou anesthésie générale)..
Face à ces situations, les praticiens disposent déjà de plusieurs approches : communication adaptée, distraction, hypnose ou techniques comportementales. La réalité virtuelle (VR) vient aujourd’hui enrichir cet arsenal thérapeutique en proposant une approche immersive non médicamenteuse visant à réduire l’anxiété, la perception douloureuse et les comportements perturbateurs pendant les soins.
Longtemps considérée comme une simple innovation technologique, la VR fait désormais l’objet de nombreuses thèses universitaires, études cliniques et protocoles hospitaliers en odontologie pédiatrique. Les recherches récentes s’intéressent notamment à son impact sur l’expérience émotionnelle de l’enfant, la coopération au fauteuil et le confort global du soin.
Mais que montrent réellement les données scientifiques ? Quels bénéfices observe-t-on chez les enfants soignés avec la VR ? Et quelles sont aujourd’hui les limites du niveau de preuve ?
Cette revue s’appuie sur les principales thèses françaises récentes consacrés à l’utilisation de la réalité virtuelle en odontologie pédiatrique.
Pourquoi la réalité virtuelle intéresse-t-elle autant la dentisterie pédiatrique ?
La peur du dentiste reste un frein majeur à la prise en charge des enfants. Elle peut compliquer les soins, allonger les séances et parfois conduire à reporter ou interrompre certains actes.
La réalité virtuelle agit principalement par un mécanisme de distraction immersive. Le casque capte l’attention visuelle et auditive de l’enfant, qui se retrouve plongé dans un environnement narratif, ludique ou apaisant. Pendant ce temps, les stimuli du cabinet, bruit de l’aspiration, vision des instruments, anticipation de l’acte deviennent moins centraux.
L’objectif n’est pas de supprimer la relation de soin, ni de remplacer l’accompagnement du praticien. La VR fonctionne plutôt comme un support complémentaire : elle aide l’enfant à se concentrer sur autre chose, à mieux réguler ses émotions et à rester davantage disponible pour le soin.
Les principales thèses françaises sur la réalité virtuelle en odontologie pédiatrique (DUMAS/HAL)
Depuis plusieurs années, plusieurs équipes universitaires françaises s’intéressent à l’utilisation de la réalité virtuelle dans les soins dentaires chez l’enfant. Nous analysons ici 8 thèses françaises publiées entre 2015 et 2025 sur DUMAS/HAL.
Cette sélection n’est pas exhaustive. D’autres travaux ont été publiés avant cette période, et de nouvelles thèses viendront très certainement enrichir les connaissances dans les années à venir.
Revues de littérature, protocoles cliniques, études pilotes ou enquêtes hospitalières : ces travaux permettent aujourd’hui de mieux comprendre l’intérêt potentiel de la distraction immersive dans la gestion de l’anxiété au fauteuil.
Ensemble, elles montrent une évolution nette : la réalité virtuelle passe d’un outil expérimental à un support clinique de plus en plus étudié.
Poser les bases de la distraction par réalité virtuelle (2015 - Ng Wing Sang)
La thèse de Christopher Ng Wing Sang est soutenue en 2015 à Bordeaux. Elle constitue le travail le plus ancien de notre sélection de thèses françaises réalisées entre 2015 et 2025 autour de la réalité virtuelle et de la distraction immersive en odontologie.
À cette période, les soins dentaires pédiatriques intègrent peu la réalité virtuelle. Ce travail théorique n’inclut donc aucun patient. Il repose sur l’analyse des connaissances disponibles et des perspectives offertes par les approches immersives.
La thèse présente la réalité virtuelle comme une évolution des techniques de distraction habituelles du fauteuil. Par exemple : histoires, télévision, musique, jeux, hypnose ou distraction audiovisuelle.
L’intérêt de ce travail est surtout d’avoir participé à introduire la réflexion autour de la distraction immersive en odontologie. Il rappelle notamment que l’anxiété et la douleur représentent deux freins majeurs à la prise en charge des enfants, et que la réalité virtuelle pourrait agir simultanément sur ces deux dimensions en mobilisant fortement l’attention du patient.
Le travail évoque déjà plusieurs mécanismes qui seront ensuite largement étudiés dans les recherches plus récentes :
- la captation de l’attention,
- la réduction de la focalisation sur les instruments et les bruits du cabinet,
- la modification de la perception du temps,
- et l’amélioration potentielle du vécu émotionnel du soin.
À ce stade, les preuves scientifiques restent encore limitées et les données cliniques françaises sont rares. La réalité virtuelle apparaît alors comme une piste prometteuse, qui nécessitera dans les années suivantes des études cliniques plus structurées pour mieux évaluer son intérêt au fauteuil.
Un premier cas clinique en situation de stress (2020 - Louna Génie Félipa Monduc)
En 2020, Louna Génie Félipa Monduc soutient une thèse à Bordeaux. Elle s’intitule « Intérêt de la réalité virtuelle au cabinet dentaire pour des patients en situation de stress : présentation d’un cas clinique ». Cette fois, le travail s’appuie sur une situation clinique concrète. Sur une patiente de 15 ans en situation de handicap. Le CHU de Bordeaux l’accueille pour une avulsion dentaire.
L’inclusion est donc limitée à un seul cas clinique. Pour cette prise en charge, l’équipe utilise un casque autonome Oculus Go®.
Ce cas unique ne permet pas de conclusion statistique, mais l’observation s’avère intéressante. La patiente tolère mieux le soin, perçoit une diminution de l’anxiété, une meilleure coopération et une expérience globale plus favorable. La thèse souligne également l’importance de l’alliance thérapeutique : le casque seul ne suffit pas, il doit être intégré dans une prise en charge rassurante, progressive et adaptée au profil du patient.
Le travail met aussi en évidence plusieurs limites pratiques liées au matériel utilisé : encombrement du casque, taille unique parfois mal adaptée aux enfants, gêne potentielle pour le praticien pendant les soins, personnalisation encore limitée des contenus immersifs et nécessité d’adapter les scénarios au contexte odontologique.
Un protocole clinique pour comparer réalité virtuelle et MEOPA (2021 - Julie Michel)
La thèse de Julie Michel, soutenue en 2021 à Bordeaux, marque une étape importante. Elle propose un protocole clinique randomisé pour l’évaluer chez l’enfant anxieux en odontologie.
L’objectif est d’explorer la réalité virtuelle comme alternative non pharmacologique à la sédation consciente par MEOPA. La thèse prévoit une randomisation de 32 enfants, avec une comparaison entre deux modalités de prise en charge.
Comme il s’agit d’un protocole, la thèse ne livre pas encore de résultats cliniques définitifs. Son intérêt est méthodologique : elle structure les critères d’évaluation, notamment l’anxiété, la douleur, le ressenti de sécurité, le confort du masque et l’envie de recommencer une séance avec le dispositif.
Ce travail montre que la recherche française commence alors à passer d’une logique descriptive à une logique d’évaluation clinique.
Des données comparatives entre réalité virtuelle et MEOPA (2022 - Elsa Rothenflug)
En 2022, Elsa Rothenflug poursuit cette dynamique à Strasbourg avec une thèse consacrée à l’intérêt de la réalité virtuelle dans la prise en charge de l’enfant anxieux en odontologie. Le travail présente une étude clinique comparative entre réalité virtuelle et techniques pharmacologiques, notamment le MEOPA.
L’étude utilise un dispositif immersif qui projette un environnement audiovisuel directement devant les yeux de l’enfant. La thèse rappelle que la qualité du matériel utilisé influence fortement le niveau d’immersion, le confort et l’adhésion de l’enfant au dispositif. Le protocole compare ainsi l’utilisation de la réalité virtuelle à celle du MEOPA, administré via un masque d’inhalation classique utilisé en sédation consciente.
Les résultats rapportés sont préliminaires. Cinq patients sont détaillés dans la thèse. L’autrice précise que, malgré le faible effectif, les premières observations vont dans le sens d’une possible non-infériorité de la réalité virtuelle par rapport au MEOPA. L’équipe a soigné avec succès tous les enfants, alors que plusieurs praticiens les avaient initialement orientés vers le CHU pour refus de soin.
Trois patients déclarent vouloir réutiliser la réalité virtuelle lors de prochains soins, tandis qu’un patient estime ne plus avoir besoin ni du dispositif, ni d’une sédation. La principale limite observée concerne le confort du masque de réalité virtuelle, responsable d’un refus de soin chez un patient inclus.
Cette thèse est intéressante car elle place la réalité virtuelle non plus seulement face à une prise en charge classique, mais face à une solution déjà reconnue et largement utilisée en odontologie pédiatrique : le MEOPA.
Une étude randomisée sur 119 patients adultes (2022 - Anaïs Protin)
La même année, Anaïs Protin soutient une thèse de médecine à l’Université de Caen consacrée à l’impact de la réalité virtuelle lors d’avulsions dentaires réalisées sous anesthésie locale en chirurgie orale. Même si cette étude ne concerne pas l’enfant, elle apporte un niveau de preuve particulièrement intéressant dans le domaine des soins dentaires anxiogènes.
Il s’agit ici d’une véritable étude clinique prospective randomisée.
L’étude répartit 119 patients en deux groupes (avec et sans VR). L’autrice analyse finalement les données de 105 sujets. Les outils utilisés sont le STAI-YA, qui mesure l’anxiété état, et une échelle visuelle analogique d’anxiété. Le dispositif immersif repose sur un casque de réalité virtuelle PICO G2®, associé à un casque audio Bose® Bluetooth. Un environnement relaxant, une musique douce et une voix inspirée de l’hypnose conversationnelle accompagnent les patients
Les résultats montrent que 40 % des patients du groupe réalité virtuelle présentent une diminution du score STAI-YA de plus de 8 points entre l’avant et le pendant de l’intervention, contre 20 % dans le groupe sans réalité virtuelle. Aucun effet indésirable n’est rapporté, et 96 % des patients souhaitent renouveler l’expérience.
La thèse met également en évidence certaines limites pratiques liées au matériel utilisé. Le casque PICO G2 est jugé relativement volumineux, pouvant gêner les postures de travail du praticien et de l’assistante, notamment lors des soins sur les secteurs postérieurs mandibulaires. Certains patients rapportent également une image floue liée aux mouvements du casque pendant l’intervention
Même si cette étude porte sur des adultes, elle renforce l’idée que la réalité virtuelle peut réduire l’anxiété en chirurgie dentaire, notamment chez les patients déclarant avoir peur du dentiste.
Une revue de portée pour préparer l’usage au bloc opératoire pédiatrique (2023 - Thibaud Gibier)
En 2023, Thibaud Gibier soutient une thèse à l’Université Paris Cité sur l’élaboration d’un protocole d’utilisation de la réalité virtuelle au bloc opératoire en odontologie pédiatrique. Il ne s’agit pas d’une étude avec inclusion directe d’enfants, mais d’une revue de portée scientifique.
Le travail identifie 363 articles. Après suppression des doublons, 291 articles sont analysés. L’auteur analyse finalement 10 articles complets pour évaluer l’impact de la réalité virtuelle sur l’anxiété préopératoire.
Les études incluses concernent des enfants âgés de 4 à 17 ans, avec des effectifs allant de 3 patients à 200 patients selon les publications. La majorité des travaux sont réalisés en contexte hospitalier, souvent avant une anesthésie générale.
Les résultats sont encourageants sur l’anxiété préopératoire, notamment lorsque l’échelle de Yale modifiée est utilisée. En revanche, l’effet sur la douleur est moins net. La thèse rappelle également que les enfants de moins de 4 ou 5 ans, ainsi que les enfants présentant un handicap important, sont plus souvent exclus ou plus difficiles à inclure dans les protocoles.
Ce travail ouvre une perspective importante : utiliser la réalité virtuelle non seulement pendant les soins au fauteuil, mais aussi avant l’induction anesthésique, pour mieux accompagner les enfants avant une prise en charge sous anesthésie générale.
Une revue systématique sur 27 études et 1 892 enfants (2024 - Marie Cusenier)
La thèse de Marie Cusenier, soutenue en 2024 à Aix-Marseille Université, apporte une synthèse plus large des données disponibles en odontologie pédiatrique. Il s’agit d’une revue systématique de la littérature consacrée aux effets de la réalité virtuelle sur l’anxiété chez l’enfant.
La recherche initiale identifie 141 articles. Après tri, l’autrice retient 27 études, soit un échantillon total de 1 892 enfants.
Les résultats sont particulièrement intéressants. La revue met en évidence une diminution de l’anxiété chez les enfants exposés à la réalité virtuelle, avec un effet qui semble plus marqué chez les enfants de moins de 8 ans. Parmi les 11 études portant exclusivement sur des enfants de 8 ans ou moins, 9 rapportent une diminution significative de l’anxiété. À l’inverse, parmi les 16 études incluant des enfants plus âgés, seules 5 montrent une diminution significative.
La revue rapporte également des effets positifs sur la fréquence cardiaque, la coopération, la durée des interventions et la gestion de la douleur. Aucun événement indésirable n’est rapporté dans les études incluses.
La limite principale reste l’hétérogénéité des protocoles : les études n’utilisent pas toutes les mêmes casques, les mêmes scénarios, les mêmes échelles d’anxiété ni les mêmes types de soins. La thèse insiste donc sur la nécessité de protocoles plus standardisés.
Une enquête pilote sur Orionis® au CHU de Nice (2025 - Théo Galabert)
La thèse de Théo Galabert, soutenue en 2025 à l’Université Côte d’Azur, marque une évolution importante : elle s’intéresse à un dispositif conçu spécifiquement pour l’odontologie pédiatrique, les lunettes de réalité virtuelle Orionis® utilisant des HTC Vive Flow®.
L’étude est menée dans l’unité d’enseignement clinique d’odontologie pédiatrique de l’Institut de Médecine Bucco-Dentaire du CHU de Nice. Elle inclut 69 enfants, âgés en moyenne de 8,5 ans, ainsi que des étudiants hospitaliers formés à l’utilisation du dispositif.
Contrairement aux casques de divertissement volumineux, le CHU a choisi le modèle HTC Vive Flow® pour son format compact. Il est léger et mieux adapté aux contraintes ergonomiques du cabinet dentaire. Cette meilleure ergonomie semble faciliter l’accès au champ opératoire tout en améliorant le confort de l’enfant pendant les soins.
Les résultats sont très parlants : 89,8 % des enfants se déclarent satisfaits ou très satisfaits de l’utilisation des lunettes pendant les soins, 72,5 % les trouvent confortables, et 91,3 % souhaitent les réutiliser lors d’un prochain soin.
Les éléments immersifs sont également bien accueillis : l’histoire de Tibou et les jeux interactifs obtiennent respectivement 89,9 % et 91,3 % de satisfaction ou très grande satisfaction chez les enfants.
Du côté des étudiants, 70 % jugent l’utilisation du dispositif satisfaisante ou très satisfaisante, 67 % estiment qu’il facilite la prise en charge, et 77 % pensent qu’il peut les aider en odontologie pédiatrique.
Cette thèse montre que le contenu immersif compte autant que le matériel lui-même. Orionis® ne repose pas uniquement sur une vidéo passive : l’enfant est accompagné dans un univers narratif pensé pour le soin, avec un personnage repère, des jeux interactifs, des exercices de respiration et une progression immersive adaptée au rythme de la séance.
Pourquoi le contenu immersif compte autant que le casque
Un point ressort fortement des travaux récents : l’efficacité de la réalité virtuelle ne dépend pas seulement de la technologie utilisée.
Le casque est un support. Mais ce qui fait la différence, c’est aussi le contenu proposé à l’enfant.
Les concepteurs d’Orionis® ont pensé l’expérience pour le contexte dentaire. Une vidéo passive ne suffit pas : un univers narratif guide l’enfant. Avec un personnage repère et des jeux, le casque propose une progression douce et une immersion adaptée au soin.
Cette différence est essentielle.
Un contenu trop stimulant, trop rapide ou mal synchronisé avec le soin pourrait devenir contre-productif. À l’inverse, une expérience pensée pour le cabinet dentaire peut soutenir l’attention, l’apaisement et la coopération.
C’est pourquoi les prochaines recherches devront probablement distinguer plus finement la réalité virtuelle passive, la réalité virtuelle interactive, les contenus narratifs, les contenus hypnotiques, les contenus ludiques et les dispositifs conçus spécifiquement pour l’odontologie.
Ce que la réalité virtuelle peut apporter au cabinet dentaire
Au regard des travaux étudiés, la réalité virtuelle semble particulièrement intéressante pour les enfants anxieux. Pour les soins courts à modérément longs ainsi que les premières expériences de soin. Pour les enfants ayant besoin d’un support de distraction fort. Dans les situations où l’on souhaite éviter ou limiter le recours à une solution médicamenteuse ou les séances où la coopération est fragile mais possible.
Elle peut contribuer à détourner l’attention du soin, réduire l’anxiété perçue, améliorer l’expérience émotionnelle, faciliter l’immobilité, apaiser l’ambiance au fauteuil et rendre le soin plus fluide pour le praticien.
Cependant, elle ne doit pas être présentée comme une solution miracle. La réalité virtuelle ne remplace ni la communication, ni la relation de confiance, ni l’expertise clinique. Elle vient soutenir la prise en charge, à condition d’être proposée au bon moment, au bon enfant et avec un contenu adapté.
Les limites actuelles des preuves scientifiques
Les résultats disponibles sont encourageants, mais plusieurs limites doivent être clairement posées.
La première concerne les effectifs. Certaines études reposent sur des cas isolés ou des petits échantillons. D’autres, comme la revue systématique de Cusenier, regroupent un nombre plus important d’enfants, mais à partir de protocoles très différents. Cette diversité rend les comparaisons difficiles.
La deuxième limite concerne les critères d’évaluation. Les études ne mesurent pas toujours les mêmes données : anxiété, douleur, satisfaction, fréquence cardiaque, coopération, durée du soin ou satisfaction du praticien. Or, pour renforcer le niveau de preuve, il faudra utiliser des outils plus homogènes et reproductibles.
La troisième limite concerne le profil des enfants. Tous ne réagissent pas de la même manière à la réalité virtuelle. Certains peuvent refuser le casque. D’autres peuvent être trop jeunes, trop anxieux ou trop sensibles à l’environnement pour entrer dans l’expérience. Les protocoles excluent encore trop souvent les enfants en situation de handicap.
De plus, la réussite dépend de l’intégration du dispositif dans la séance.
Le moment de la mise en place, l’explication donnée à l’enfant et le choix du contenu sont importants. La compatibilité avec le geste clinique, l’hygiène, le confort du casque et la communication avec les parents comptent également.
Vers une dentisterie plus immersive
La littérature récente montre que la réalité virtuelle prend progressivement sa place dans les soins dentaires, en particulier auprès des enfants.
Les chiffres issus de la thèse menée au CHU de Nice sur Orionis® sont particulièrement parlants : près de 9 enfants sur 10 se déclarent satisfaits ou très satisfaits, plus de 9 enfants sur 10 souhaitent réutiliser les lunettes lors d’un prochain soin, et plus de 3 soignants sur 4 estiment que le dispositif peut aider la prise en charge en odontologie pédiatrique.
Ces données ne signifient pas que la réalité virtuelle doit remplacer les autres approches. Elles montrent plutôt qu’elle peut devenir un outil complémentaire sérieux, au service d’une prise en charge plus apaisée, plus confortable et plus adaptée à l’enfant.
L’enjeu des prochaines années sera donc de passer d’une logique d’innovation à une logique de preuve : multiplier les études, comparer les dispositifs, standardiser les protocoles et mieux identifier les indications.
Une recherche encore en mouvement
Les thèses françaises montrent une évolution très nette du sujet.
En 2015, les chercheurs étudient la réalité virtuelle comme une simple distraction.
Dès 2020, les facultés lancent les premiers protocoles cliniques
Elle commence à être comparéeen 2022 à des approches pharmacologiques comme le MEOPA.
Entre 2023 et 2024, les revues scientifiques élargissent la réflexion.
En 2025, les dispositifs spécifiquement conçus pour l’enfant et le cabinet dentaire commencent à faire l’objet d’enquêtes cliniques dédiées.
D’autres thèses et études sont en cours ou à venir. Elles permettront probablement de mieux comprendre quels enfants bénéficient le plus de la réalité virtuelle, quels scénarios sont les plus efficaces, à quel moment du soin le dispositif doit être utilisé, et comment l’intégrer dans une stratégie globale de prise en charge.
Les prochaines recherches devront aussi explorer l’impact à long terme : la réalité virtuelle améliore-t-elle seulement la séance en cours, ou peut-elle aussi modifier durablement le rapport de l’enfant aux soins dentaires ? Peut-elle réduire l’évitement des soins ? Peut-elle prévenir l’installation d’une peur dentaire durable ?
Ces questions sont essentielles, car l’objectif final dépasse le confort immédiat : il s’agit aussi de construire une relation plus sereine avec les soins, dès l’enfance.
En conclusion
Les travaux français récents confirment l’intérêt croissant de la réalité virtuelle en odontologie pédiatrique.
Les thèses disponibles montrent une tendance cohérente : la réalité virtuelle peut réduire l’anxiété, améliorer l’expérience de soin, favoriser la coopération et soutenir les praticiens dans des situations cliniques parfois complexes.
La réalité virtuelle apparaît comme un levier concret pour transformer le vécu des soins dentaires pédiatriques.
La prudence scientifique reste toutefois nécessaire. Les études doivent encore être élargies, comparées et consolidées. Mais une chose est claire : la réalité virtuelle n’est plus un simple outil de curiosité. Elle devient progressivement un support clinique à part entière, pensé pour accompagner les enfants, les parents et les équipes vers des soins plus doux et plus sereins.
