Comprendre comment l’attention de l’enfant fonctionne
« Il ne tient pas en place », « il faut toujours lui répéter les mêmes choses », « il décroche très vite »…
L’attention des enfants soulève souvent de nombreuses questions chez les parents. Pourtant, un enfant attentif n’est pas forcément un enfant parfaitement immobile, silencieux et concentré pendant une longue période.
L’attention n’est pas un simple interrupteur que l’enfant pourrait activer sur demande. Elle fait appel à plusieurs mécanismes cognitifs qui lui permettent de sélectionner certaines informations, d’ignorer des distractions ou encore de maintenir son attention sur une tâche.
Ces capacités se développent progressivement au cours de l’enfance.
Comprendre leur fonctionnement permet d’adapter nos attentes et d’accompagner l’enfant plus efficacement, sans interpréter trop rapidement ses moments d’inattention comme un manque de volonté.
L’attention, à quoi sert-elle exactement ?
À chaque instant, le cerveau reçoit une multitude d’informations : des sons, des images, des sensations, des paroles, des mouvements…
L’attention lui permet de sélectionner les informations pertinentes pour l’activité en cours.
Elle intervient notamment lorsque l’enfant doit :
- écouter une consigne ;
- suivre une histoire ;
- réaliser une activité ;
- mémoriser une information ;
- résister à certaines distractions ;
- passer d’une tâche à une autre.
On distingue plusieurs composantes de l’attention. L’attention sélective, par exemple, permet de privilégier une information malgré la présence de distractions, tandis que l’attention soutenue permet de maintenir son attention au cours d’une activité.
Pour mieux comprendre ces différents mécanismes, l’Inserm consacre un chapitre complet aux fonctions attentionnelles dans son dossier sur les fonctions cognitives chez l’enfant : consulter la ressource de l’Inserm.
Pourquoi l’attention varie-t-elle autant ?
Un enfant peut rester longtemps absorbé par un jeu qu’il adore et décrocher rapidement lorsqu’on lui demande de réaliser une tâche moins motivante.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’il refuse d’écouter.
Sa disponibilité attentionnelle peut varier en fonction de nombreux facteurs : son état de fatigue, ses émotions, son environnement ou encore les caractéristiques de l’activité proposée.
La fatigue
Le sommeil joue un rôle important dans le développement et le fonctionnement du cerveau de l’enfant.
Lorsqu’il ne dort pas suffisamment ou que son sommeil est de mauvaise qualité, l’enfant peut notamment rencontrer davantage de difficultés d’attention et de concentration.
Le sommeil participe également à la régulation des émotions, à la mémorisation et aux apprentissages.
Pour connaître le rôle du sommeil et les besoins de l’enfant selon son âge, l’Assurance Maladie propose un dossier consacré au sommeil de l’enfant, à son importance et à ses différentes étapes.
Les émotions
La peur, l’excitation, la frustration ou la colère peuvent également modifier la disponibilité de l’enfant.
Lorsqu’une émotion prend beaucoup de place, il peut devenir plus difficile de traiter immédiatement une nouvelle information ou une consigne.
Un enfant inquiet peut donc avoir entendu ce qu’on lui demande sans pour autant être immédiatement disponible pour y répondre.
Dans certaines situations, il peut être utile de lui laisser quelques instants pour retrouver son calme avant de répéter ou reformuler la consigne.
L’environnement
Télévision allumée, téléphone, conversations, jouets à proximité, notifications ou bruit ambiant : notre environnement contient de nombreuses sources potentielles de distraction.
Créer un environnement plus calme peut donc aider l’enfant lorsqu’une activité nécessite davantage de concentration.
Concernant les écrans, l’objectif n’est pas uniquement de raisonner en durée d’exposition : l’âge de l’enfant, le contenu regardé, le moment de la journée et l’accompagnement par l’adulte ont également leur importance.
Le ministère de l’Éducation nationale propose justement des recommandations adaptées à chaque tranche d’âge dans son guide « Bien grandir avec les écrans : des repères pour chaque âge ».
On y retrouve notamment des conseils pour accompagner progressivement les usages numériques tout en préservant les interactions directes, le sommeil et les activités sans écran.
L’intérêt et la difficulté de l’activité
Toutes les activités ne sollicitent pas l’attention de la même manière.
Une tâche claire, adaptée au niveau de l’enfant et suffisamment engageante peut être plus facile à suivre.
À l’inverse, une activité très longue, complexe ou mal comprise risque de mobiliser davantage de ressources et de favoriser le décrochage.
C’est notamment pour cette raison que des objectifs clairs et une progression par étapes peuvent faciliter l’engagement de l’enfant.
Bouger ne signifie pas forcément ne pas écouter
Lorsqu’on imagine un enfant concentré, on pense souvent à un enfant assis, silencieux et immobile.
Pourtant, l’immobilité ne suffit pas à déterminer si un enfant est attentif.
Certains enfants peuvent changer de position, manipuler un objet ou avoir besoin de bouger tout en restant engagés dans l’activité.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur son comportement moteur, il peut être plus pertinent d’observer s’il comprend ce qui lui est demandé, participe à l’activité et parvient à revenir à sa tâche après une distraction.
Pourquoi les consignes longues sont-elles difficiles à suivre ?
Imaginez cette consigne :
« Va mettre ton pyjama, range tes chaussures, prends ton livre et n’oublie pas de te brosser les dents. »
Pour l’enfant, cela représente plusieurs informations à retenir, organiser et exécuter dans le bon ordre.
Il peut alors être plus simple de commencer par :
« Commence par mettre ton pyjama. »
Puis de donner la consigne suivante une fois la première étape terminée.
Cette manière de procéder rejoint certains principes utilisés dans les apprentissages : rendre l’objectif clair, décomposer les tâches complexes et avancer progressivement du simple vers le complexe.
Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale explique notamment l’intérêt de cette structuration par étapes dans ses ressources consacrées à l’enseignement explicite.
Même si ces recommandations concernent avant tout le contexte scolaire, elles illustrent un principe intéressant au quotidien : plus une demande est claire et structurée, plus l’enfant peut facilement comprendre ce qui est attendu de lui.
Comment aider son enfant au quotidien ?
Il n’existe pas de recette permettant à un enfant d’être attentif en permanence et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif.
Quelques ajustements simples peuvent néanmoins faciliter les situations qui demandent davantage de concentration :
Le moment choisi compte également.
Une consigne donnée alors que l’enfant est très fatigué, absorbé par une activité ou submergé par une émotion peut être plus difficile à traiter.
Avant de répéter plusieurs fois la même demande, une question toute simple peut donc être utile :
« Est-il disponible pour m’écouter maintenant ? »
Pourquoi l’attention compte-t-elle aussi pendant un soin dentaire ?
Chez le dentiste, l’enfant découvre parfois un environnement inhabituel : lumière du fauteuil, bruits des instruments, matériel qu’il ne connaît pas, nouvelles sensations, présence de plusieurs personnes…
À cela peut s’ajouter une certaine appréhension.
Dans ce contexte, demander à un enfant de retenir plusieurs informations en même temps ou de rester parfaitement immobile pendant une longue période peut être difficile.
Quelques ajustements peuvent alors faciliter la consultation :
- donner une consigne à la fois ;
- employer des mots adaptés à son âge ;
- expliquer ou montrer certaines étapes avant de les réaliser lorsque cela est pertinent ;
- lui laisser quelques secondes pour intégrer une consigne ;
- éviter de multiplier inutilement les sollicitations ;
- valoriser les étapes franchies.
L’objectif n’est donc pas nécessairement d’obtenir un enfant parfaitement silencieux et immobile, mais de créer les conditions lui permettant de comprendre suffisamment ce qui se passe et de participer au soin.
Cette façon d’aborder la consultation peut également aider à rendre l’expérience plus prévisible et rassurante.
Quand demander conseil ?
Les variations d’attention font partie du quotidien de nombreux enfants. Une période de fatigue, un changement dans la vie familiale ou scolaire, une émotion importante ou simplement le contexte peuvent temporairement modifier leur capacité à se concentrer.
Une difficulté d’attention isolée ne signifie donc pas qu’un enfant présente un trouble.
En revanche, lorsque les difficultés sont durables, importantes, observées dans plusieurs environnements, par exemple à la maison et à l’école, et qu’elles ont des conséquences significatives sur la vie familiale, scolaire ou sociale, il peut être utile d’en parler avec un professionnel de santé.
Le médecin traitant ou le pédiatre pourra aider la famille à faire le point et, si nécessaire, orienter l’enfant vers les professionnels adaptés.
La Haute Autorité de Santé propose également aux familles des informations pour comprendre dans quelles situations des difficultés attentionnelles peuvent nécessiter une évaluation : TDAH : repérer les difficultés et accompagner l’enfant et sa famille.
L’objectif n’est pas de poser soi-même un diagnostic à partir de quelques comportements, mais de comprendre ce qui gêne réellement l’enfant dans son quotidien et de lui proposer, si nécessaire, un accompagnement adapté.
En résumé
L’attention de l’enfant n’est ni constante ni illimitée.
Elle dépend de nombreux éléments : son développement, son sommeil, ses émotions, son environnement mais aussi la difficulté et l’intérêt de l’activité proposée.
Avant de penser qu’un enfant « ne veut pas écouter », il peut donc être intéressant de se demander :
« Qu’est-ce qui l’empêche d’être disponible à cet instant ? »
Une consigne plus courte, moins de distractions, une tâche découpée en plusieurs étapes ou simplement quelques minutes pour retrouver son calme peuvent parfois faire une vraie différence.
Le conseil de Tibou
Un enfant qui décroche ne cherche pas forcément à désobéir.
Avant de répéter la consigne encore plus fort, essayez de la rendre plus courte, plus claire et plus facile à réaliser étape par étape.
Et parfois… une petite pause fait aussi beaucoup de bien !
