Calcium et vitamine D : quel rôle dans le développement des dents des enfants ?

Quand on parle de santé bucco-dentaire chez l’enfant, on pense naturellement au brossage, au fluor, à la consommation de produits sucrés ou encore aux visites régulières chez le chirurgien-dentiste.

Mais la santé des dents commence en réalité bien avant leur apparition dans la bouche.

Dès la grossesse, puis tout au long de l’enfance et de l’adolescence, les dents se forment, se développent et se minéralisent progressivement. Plusieurs nutriments interviennent dans ces mécanismes. Parmi eux, le calcium et la vitamine D jouent un rôle important dans la formation et la minéralisation des tissus dentaires.

À quoi servent-ils exactement ? Où les trouver dans l’alimentation ? Et faut-il supplémenter les enfants ?

Faisons le point à partir des recommandations françaises et européennes.

Les dents commencent à se former avant même la naissance

Le développement dentaire est un processus particulièrement long.

Les premières dents temporaires, plus communément appelées « dents de lait », commencent à se former pendant la vie intra-utérine. Après la naissance, leur développement se poursuit tandis que les futures dents définitives commencent elles aussi leur formation.

Cette construction se déroule pendant plusieurs années et comprend différentes étapes, notamment la formation puis la minéralisation des tissus dentaires.

L’alimentation n’est évidemment pas le seul facteur qui détermine la qualité des dents : la génétique, certaines maladies, les conditions de développement et différents facteurs environnementaux peuvent également jouer un rôle.

Néanmoins, disposer d’apports nutritionnels adaptés pendant la croissance contribue au développement normal des tissus minéralisés.

Et c’est notamment à ce niveau que le calcium et la vitamine D interviennent.

Le calcium : un constituant essentiel des os… et des dents

Le calcium est généralement associé à la santé des os. Pourtant, il est également très présent dans les dents.

Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), environ 99 % du calcium présent dans l’organisme se trouve dans les os et les dents, où il joue principalement un rôle structurel.

Au niveau bucco-dentaire, le calcium participe ainsi à la constitution des tissus minéralisés et s’intègre dans un processus plus large : la croissance et la minéralisation du squelette de l’enfant, dont les structures dentaires font partie.

Des besoins en calcium qui évoluent avec la croissance

Les besoins nutritionnels ne sont pas identiques à tous les âges.

Les références utilisées en population pédiatrique indiquent notamment des apports de référence en calcium de :

  • 450 mg par jour de 1 à 3 ans ;
  • 800 mg par jour de 4 à 10 ans ;
  • 1 150 mg par jour de 11 à 17 ans.

Ces valeurs sont notamment reprises dans les recommandations françaises de la Haute Autorité de Santé à partir des références de l’EFSA.

L’augmentation à l’adolescence correspond notamment à une période particulièrement importante pour la croissance et la minéralisation du squelette.

Il ne s’agit cependant pas pour les parents de calculer chaque jour les apports de leur enfant au milligramme près. Les valeurs nutritionnelles de référence servent avant tout de repères scientifiques pour évaluer les besoins de populations en bonne santé. L’EFSA rappelle d’ailleurs que ces valeurs ne doivent pas être considérées comme des objectifs nutritionnels individuels.

Où trouver du calcium dans l’alimentation ?

Une alimentation diversifiée permet d’apporter du calcium à travers différents aliments.

Parmi les principales sources figurent notamment :

  • le lait et les produits laitiers ;
  • certaines eaux riches en calcium ;
  • les sardines et autres poissons consommés avec leurs arêtes ;
  • certains légumes verts ;
  • les légumineuses ;
  • les fruits à coque, comme les amandes ;
  • certains aliments et boissons végétales lorsqu’ils sont enrichis en calcium.

Dans les régimes alimentaires européens, les produits laitiers constituent généralement une source importante de calcium, mais ils ne sont pas la seule façon d’en apporter. L’EFSA cite également les légumes vert foncé, les légumineuses, les fruits à coque, les poissons consommés avec leurs arêtes et les aliments enrichis.

L’Assurance Maladie rappelle par ailleurs que le calcium mérite une attention particulière pendant l’enfance, notamment à la puberté, période clé de la minéralisation du squelette.

En cas d’exclusion de certains groupes alimentaires (allergie aux protéines de lait de vache, alimentation végétalienne ou alimentation très restrictive, par exemple) il peut être utile d’en parler avec le pédiatre, le médecin ou un diététicien afin de vérifier que les besoins de l’enfant restent correctement couverts.

Vitamine D et calcium : pourquoi fonctionnent-ils ensemble ?

Apporter du calcium ne suffit pas : l’organisme doit également pouvoir l’absorber et l’utiliser correctement.

C’est notamment là qu’intervient la vitamine D.

Dans ses références nutritionnelles, l’Anses rappelle que la vitamine D participe au maintien de l’équilibre du calcium et du phosphore dans l’organisme et contribue à la minéralisation des tissus minéralisés, notamment les os, le cartilage et les dents, pendant et après la croissance.

On peut donc retenir une idée simple :

le calcium fait partie des constituants nécessaires aux tissus minéralisés, tandis que la vitamine D contribue à la bonne utilisation du calcium et du phosphore par l’organisme.

Une carence importante en vitamine D pendant la croissance peut entraîner un défaut de minéralisation osseuse et, dans les formes sévères, provoquer un rachitisme.

Où trouver de la vitamine D ?

La vitamine D possède une particularité : elle peut provenir de l’alimentation, mais elle est également synthétisée par l’organisme au niveau de la peau sous l’action des rayons UVB.

Dans l’alimentation

On retrouve notamment de la vitamine D dans :

  • les poissons gras, comme la sardine, le saumon, le maquereau ou le hareng ;
  • le jaune d’œuf ;
  • certains champignons ;
  • certains aliments enrichis en vitamine D.

L’alimentation contribue donc aux apports, même si la situation de la vitamine D est particulière en raison de sa synthèse par la peau et des recommandations de supplémentation qui existent pendant l’enfance.

Faut-il supplémenter les enfants en vitamine D ?

En France, la vitamine D fait l’objet de recommandations spécifiques pendant la croissance.

L’Assurance Maladie rappelle que la vitamine D est prescrite dès les premiers jours de vie afin notamment de participer au bon développement du squelette et de prévenir le rachitisme.

Mais cela ne signifie pas qu’il faut choisir soi-même un complément ou modifier les doses données à son enfant.

Vitamine D : attention au risque de surdosage

Plus de vitamine D n’est pas forcément synonyme de davantage de bénéfices.

L’Anses a signalé plusieurs cas d’intoxication à la vitamine D chez de jeunes enfants liés notamment au mésusage de compléments alimentaires.

Un apport excessif peut provoquer une hypercalcémie — une concentration trop importante de calcium dans le sang — susceptible d’avoir des conséquences graves, notamment au niveau des reins.

L’Assurance Maladie recommande donc :

  • de respecter les doses données à l’enfant ;
  • de ne pas multiplier les produits contenant de la vitamine D ;
  • de privilégier le médicament contenant de la vitamine D prescrit par un professionnel de santé plutôt qu’un complément alimentaire choisi de sa propre initiative, particulièrement chez le jeune enfant.

👉 Le bon réflexe pour les parents : avant d’ajouter un produit contenant de la vitamine D ou de modifier la supplémentation de votre enfant, demandez conseil au médecin, au pédiatre ou au pharmacien qui le suit.

Soleil et vitamine D : attention aux raccourcis

On entend régulièrement qu’il faudrait « faire le plein de vitamine D au soleil ».

La réalité demande davantage de nuances.

Oui, les rayons UVB permettent à la peau de participer à la synthèse de vitamine D. Mais cela ne signifie pas qu’il faille rechercher une exposition solaire prolongée chez l’enfant.

La synthèse de vitamine D dépend d’ailleurs de nombreux facteurs : saison, latitude, pigmentation de la peau, vêtements ou encore conditions d’exposition, comme le rappelle l’Anses dans ses références nutritionnelles.

Les activités en extérieur sont bien sûr bénéfiques pour les enfants, mais la recherche de vitamine D ne doit pas conduire à négliger la protection contre les UV.

Calcium et vitamine D empêchent-ils les caries ?

C’est une distinction essentielle.

Calcium et vitamine D sont importants pour le développement et la minéralisation des dents, mais ils ne constituent pas à eux seuls une protection contre les caries.

Une fois présente dans la bouche, une dent reste exposée à son environnement.

La plaque dentaire contient notamment des bactéries capables de produire des acides à partir des sucres. Ces attaques acides peuvent progressivement favoriser la déminéralisation des tissus dentaires et l’apparition d’une carie. L’Assurance Maladie explique notamment ce mécanisme dans ses recommandations consacrées aux caries dentaires.

Pour protéger les dents au quotidien, il faut donc agir sur plusieurs facteurs.

Chez l’enfant, l’Assurance Maladie recommande notamment :

  • un brossage deux fois par jour pendant deux minutes ;
  • l’utilisation d’un dentifrice fluoré adapté à l’âge ;
  • de privilégier l’eau comme boisson ;
  • de limiter le grignotage et les aliments et boissons sucrés ;
  • un suivi régulier chez le chirurgien-dentiste.

Autrement dit :

le calcium et la vitamine D participent au développement et à la minéralisation des dents ; le brossage, le fluor, l’alimentation et le suivi dentaire contribuent ensuite à les protéger des caries.

Une alimentation équilibrée plutôt qu’un « aliment miracle »

Il n’existe pas d’aliment capable, à lui seul, de garantir des dents solides ou de protéger un enfant contre les caries.

La santé bucco-dentaire s’inscrit dans un équilibre plus général.

Pendant la croissance, l’objectif est donc avant tout de favoriser :

  • une alimentation variée et équilibrée ;
  • des sources alimentaires régulières de calcium ;
  • des aliments apportant de la vitamine D ;
  • le respect de la supplémentation en vitamine D recommandée ou prescrite ;
  • une fréquence limitée des aliments et boissons sucrés ;
  • un brossage régulier avec un dentifrice fluoré adapté à l’âge ;
  • un suivi régulier chez le chirurgien-dentiste.

Cette approche permet de ne pas isoler un nutriment ou un aliment en lui attribuant un rôle qu’il ne peut pas remplir seul.

Et le suivi chez le chirurgien-dentiste ?

Même avec une alimentation équilibrée et une bonne hygiène à la maison, le suivi professionnel reste essentiel.

Depuis 2025, le programme « M’T dents tous les ans ! » de l’Assurance Maladie permet aux enfants et aux jeunes de bénéficier chaque année d’un rendez-vous de prévention chez le chirurgien-dentiste, de 3 à 24 ans.

L’objectif est notamment de contrôler la santé des dents et des gencives, de repérer précocement d’éventuels problèmes et d’accompagner les enfants dans l’acquisition des bons réflexes de prévention bucco-dentaire.

Il n’est donc pas nécessaire d’attendre qu’un enfant ait mal à une dent pour consulter.

En résumé : deux nutriments importants pour des dents en développement

🦷 Le calcium est un constituant majeur des os et des dents et intervient dans la minéralisation des tissus.

☀️ La vitamine D participe à la régulation du calcium et du phosphore et contribue ainsi à la minéralisation des tissus, dont les dents.

🥛 Une alimentation diversifiée permet d’apporter du calcium et une partie de la vitamine D nécessaires à l’organisme.

💧 La supplémentation en vitamine D doit respecter les recommandations des professionnels de santé. Multiplier les compléments de sa propre initiative peut exposer l’enfant à un risque de surdosage.

🌤️ Le soleil participe à la synthèse de vitamine D, mais cela ne justifie pas d’exposer volontairement un enfant aux UV sans protection.

🪥 Enfin, calcium et vitamine D ne remplacent ni le brossage deux fois par jour avec un dentifrice fluoré adapté à l’âge, ni de bonnes habitudes alimentaires, ni le suivi régulier chez le chirurgien-dentiste.

Le conseil de Tibou

Pour prendre soin des dents, pas besoin de chercher un aliment miracle !

Une alimentation variée aide le corps à trouver les nutriments dont il a besoin pour grandir. Et une fois les petites dents sorties, on n’oublie pas le trio gagnant : brossage, fluor et rendez-vous chez le dentiste !